Les céramiques de Lucy M. Lewis: Tradition et innovation au service d’une éthique muséale

Gauche: Lucy M. Lewis, c. 1950. Via http://taosartschool.org/
Droite: Bol, Lucy M. Lewis (1985), Nouveau Mexique
Argile, pigment, 19.1 x 21.6 x 21.6 cm
Brooklyn Museum 2002.64.2

Lucy M. Lewis est une potière du Pueblo d'Acoma (Nouveau Mexique) qui s'est inspirée de céramiques archéologiques qu'elle a adaptées et réinterprétées. Ce faisant, elle est devenue la pionnière de la poterie contemporaine d'Acoma. Des musées des États-Unis au bureau de Barack Obama, les œuvres de Lucy M. Lewis sont largement reconnues et exposées. Alliant tradition et innovation, la poterie contemporaine d'Acoma peut être considérée comme un substitut à l'exposition controversée de céramiques archéologiques pillées des Mimbres.

Lucy M. Lewis (1898 ?-1992), artiste amérindienne et matriarche vénérée, est considérée comme la mère de la poterie moderne d'Acoma. Elle a trouvé son inspiration dans les anciennes céramiques Pueblo fabriquées par ses ancêtres et a donné naissance à son tour à une nouvelle tradition en accord avec son héritage culturel et ses affinités personnelles. Depuis lors, la matriarche a influencé des générations de potiers d'Acoma qui continuent d'honorer son travail. Lucy M. Lewis est aujourd'hui si reconnue que Barack Obama a exposé l'une de ses jarres dans le bureau ovale de la Maison Blanche pendant sa présidence.

Bouteille, Lucy M. Lewis, 1985, Nouveau Mexique
Argile, pigments
19.1 x 21.6 x 21.6 cm
Brooklyn Museum 2002.64.2

Lucy M. Lewis est née dans le Pueblo d'Acoma, une tribu amérindienne établie à 60 miles à l'ouest d'Albuquerque. Dans cette société, les femmes sont à la tête des foyers et transmettent leur clan à leurs enfants. Elles sont également potières, apprenant des autres femmes de leur entourage et transmettant leur savoir à leurs enfants.

La méthode traditionnelle utilisée pour fabriquer la poterie Pueblo consiste à se procurer l'argile et les pigments localement. La pâte est obtenue en mélangeant l'argile brute à des fragments de terre cuite par le même artiste. La pâte est ensuite façonnée en boudins qui sont superposés puis lissés pour former un récipient. Pour décorer ses céramiques, Lucy M. Lewis utilisait les mêmes outils et ressources que la plupart des potiers Pueblo : des pinceaux en yucca, de la peinture noire à base de Cleome serrulata et de la peinture rouge à base d'hématite.

Cependant, Lucy M. Lewis a rompu avec la tradition en utilisant des tessons de céramique des Pueblos ancestraux pour fabriquer sa propre pâte, ainsi que pour guider ses peintures. Elle a trouvé un intérêt particulier dans la poterie Mimbres (vers 900-1150 C.E.), qui se caractérise par des formes simples et des motifs géométriques noirs et blancs, animaux et silhouettes humaines. Inspirée par les Pueblos ancestraux, Lucy M. Lewis a développé un nouveau style qui intègre leur symétrie, leurs lignes droites et leurs motifs sombres simplifiés sur fond blanc.

Bouteille, Pueblo ancestral (Nouveau Mexique), c. 950–1400
Argile, pigments
41.9 × 36.8 × 36.8 cm
Metropolitan Museum of Art 2018.699

La vente et exposition de poterie Mimbres est aujourd'hui très controversée sur le marché de l'art et dans les musées. En effet, il est bien connu que ces objets ont été directement prélevés dans des sépultures par des individus non-amérindiens qui se sont appropriés à la fois les biens et les corps qu'ils y trouvaient. La plupart des bols Mimbres présentent en leur centre un "trou de mise à mort", caractéristique des récipients placés à l'envers sur le visage du défunt. C'est pourquoi la possession de céramiques Mimbres par des personnes et des institutions non-amérindiennes sont considérées comme profondément problématiques, et les descendants des Mimbres (dont les Acoma font partie) demandent à ce que les céramiques leur soient rendues. Cela est maintenant possible grâce à la loi NAGPRA (Native American Graves Protection and Repatriation Act) adoptée en 1990 aux États-Unis, qui "a prévu le rapatriement et la disposition de certains restes humains, objets funéraires, objets sacrés et objets du patrimoine culturel amérindiens."[i]

Dans ce contexte, le travail de Lucy M. Lewis et de ses disciples offre un moyen unique de soutenir les artistes amérindiens et de mettre fin à la détention injustifiée de céramiques Mimbres. Des céramiques venant d'Acoma et d'autres Pueblo, inspirées des anciennes poteries Pueblo du même style, pourraient être exposées en remplacement des objets Mimbres dans les musées. Cela leur permettrait d'être mises en avant en tant qu'œuvres d'art à part entière, tout en engageant la conversation sur le pillage et les racines coloniales de nos institutions culturelles.

Ceramics by Lucy M. Lewis on display at the Indian Pueblo Cultural Center, Albuquerque © Louise Deglin

[i] “Native American Graves Protection and Repatriation Act,” U.S. National Park Service, November 22, 2019, https://www.nps.gov/subjects/nagpra/index.htm.


Plus d'informations

Peterson, Susan. Lucy Lewis: American Indian Potter. 2nd Rev. Ed. Tokyo, Japan: Kodansha International, 2004.

Angeleti, Gabriella. “Minneapolis art museum criticized for keeping ancient Indigenous objects,” The Art Newspaper, November 9, 2020: https://www.theartnewspaper.com/news/minnesota-art-museum-criticised-for-keeping-indigenous-objects

Oliveri, Myrna. “Lucy Lewis; Acclaimed American Indian Potter,” Los Angeles Times, March 28, 1992.

“Lucy M. Lewis,” National Museum of Women in the Arts: https://nmwa.org/art/artists/lucy-m-lewis/

“Lucy M. Lewis,” Smithsonian American Art Museum: https://americanart.si.edu/artist/lucy-m-lewis-2919

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