Dis-moi ton nom de déesse: Décoloniser les normes de beauté

Black female wearing a t-shirt that states "you were
T-shirt via Adriana Díaz-Peña’s shop on Etsy Listing
©TravelingwithAyd

Nous voici une nouvelle fois partis en croisade dans l’exploration critique du meilleur de Tiktok. Cette fois-ci, décortiquons une tendance qui, au premier abord, est tout-à-fait louable, mais qui pourtant n’a pas pu m’empêcher de me questionner sur nos schémas de représentation toujours en vigueur.

La vidéo part d’un principe assez simple : des individus, ici exclusivement féminins, reprennent la pose d’un portrait ou d’une représentation artistique dans le but de mettre en valeur les beautés non-blanches et racisées, et de se réapproprier une appartenance à un peuple et des traits physiques spécifiques qui ont été lissés par la domination de la beauté blanche et lisse, correspondant à un canon extrêmement restrictif, promut dans la mode, la publicité, les réseaux sociaux et en somme, dans l’immense majorité de notre société.

L’intention est donc bonne : essayer de sortir des carcans de beauté imposés, louer et promouvoir les beautés non-blanches, exposer la diversité des êtres humains, se réapproprier son corps et son physique, ses attraits, et donc par là sa propre histoire, son propre narratif.

Ce qui étonne pourtant un oeil un peu plus aguerri en matière de tableau, c’est de constater que finalement, la majorité de ces représentations - à l’exception de l’image indienne peut-être, et de la statue grecque - sont en réalité issues d’un répertoire pictural qui a plutôt à voir avec l'Orientalisme qu’avec des représentations réellement autochtones. On reconnaît le style orientaliste des représentations fantasmées, sensuelles, faites de tissus flamboyants et de bijoux, teintées des goûts de la période coloniale. On est face à des clichés dont l’univers appartient plutôt à la période post-coloniale, dont le plus grand soucis n’était pas franchement la fidélité des représentations, mais plutôt l’idéalisation d’un orient et de colonies fantasques et exotiques, à travers un oeil masculin et blanc, le fameux malegaze.

D’autres trend similaires touchent d’un peu plus près la réalité avec une comparaison avec des photos d’archives par exemple. On doit également reconnaître qu’il est difficile de trouver dans certaines régions du monde des représentations dans l’art qui soit de style naturaliste ou réaliste, ou tout cas suffisamment proche de la réalité pour s’amuser au jeu des sept différences.

Force est de constater qu’après des siècles de lavage de cerveau sur la suprématie de la beauté blanche, et l’érotisation des corps racisés, il est encore aujourd’hui difficile de sortir du malegaze. Bien que les influenceurs commencent courageusement ce travail de déconstruction des standards de beauté, la route semble encore longue et semée d’embûches.

Laisser un commentaire

Articles similaires

Commencez à saisir votre recherche ci-dessus et pressez Entrée pour rechercher. ESC pour annuler.

Retour en haut
fr_FRFrançais