Le milieu universitaire est aux prises avec une crise de santé mentale

Il est de notoriété publique que le milieu universitaire est aux prises avec une crise de santé mentale à tous les niveaux. Les réseaux de soutien informels (de particulier à particulier) ainsi que le soutien des professeurs et des instructeurs sont un bon début, mais ce n’est pas suffisant. Des changements systémiques sont nécessaires.

Le milieu universitaire est aux prises avec une crise de santé mentale. Là, l’anxiété et la dépression prévalent à tous les niveaux : du premier cycle à la maîtrise et au doctorat, en passant par les récents diplômés, les boursiers postdoctoraux, jusqu’aux professeurs adjoints et même titulaires (Lashuel 2020). Les conditions dans lesquelles nous travaillons sont dominées par une culture hypercompétitive; l’individualisme et — en même temps — la solitude; selon les domaines, peu de ressources; une pression interne et externe constante d'obtenir des résultats et prouver sa valeur; la nécessité de jongler avec les cours, la recherche, les candidatures de bourses, l’enseignement, l’édition, le mentorat et l'organisation d'évènements en même temps; le manque d’horaires de travail « normaux »; les délais serrés; l’insécurité de l’emploi; la liste continue… Ces conditions rendent très difficile pour n’importe qui d’avoir un équilibre sain entre leur vie professionnelle et personnelle. Ensemble, elles forment la recette parfaite pour un manque de bien-être mental. Certains en éprouvent du stress, d’autres de la détresse, et beaucoup d'autres souffriront d’une véritable crise, même en silence. Peu d’études ont examiné l’état de santé mentale des universitaires; celles qui l'ont fait ont donné des résultats alarmants.

Nous connaissons les statistiques : les étudiants diplômés du monde entier signalent des taux de dépression et d’anxiété six fois plus élevés que ceux du grand public (Evans et al. 2018). Dans un récent sondage mené auprès de 1 685 membres du corps professoral de 12 établissements aux États-Unis, 9,5 % ont révélé des symptômes de dépression majeure (BUSPH, MCP, HMN 2021). Alors, que faisons-nous à ce sujet? Quelles mesures ont été prises à partir l’information dont nous disposons? Si nous sommes au courant de cette situation et qu’aucune mesure n’a été prise, pourquoi rien ne change?

Demander du soutien à son entourage n’est pas la solution. Un soutien informel pourrait permettre de ressentir un soulagement temporaire après s’être plaint auprès d'autres étudiants, diplômés ou professeurs des problèmes que l'on traverse. On peut aussi s'exprimer en vain sur Twitter sous une myriade de hashtags comme #AcademicChatter #AcademicTwitter ou #AcademicMentalHealth, mais ce n’est pas assez. L'administration ne devrait pas mettre sur le dos des professeurs ou chargés de TD la santé mentale des étudiants. Les enseignants ne sont pas en charge de la santé mentale des étudiants, comme le Tweet de Inside Higher Ed le laisse entendre avec son titre « Faculty : Gatekeepers of student mental health? ».

En tant que chargée de TD moi-même, je suis peut-être le premier point de contact pour un étudiant de licence en difficulté, mais je ne suis pas nécessairement la mieux formée pour les aider . J’ai moi-même participé à des formations sur le sujet, et je serais ravie d’assister à davantage d'ateliers pour accroître mes capacités. Je donne accès à mes étudiants à toutes les ressources accessibles sur le campus dont j'ai connaissance, et je suis toujours prête à prêter une oreille — et je l’ai fait très souvent durant la pandémie, peut-être au détriment de mon propre bien-être mental. J’ai aussi mis en place ou préconisé des deadlines plus flexibles pour les devoirs et examens. Pour certains de mes étudiants qui sont seulement stressés par les cours cela pourrait suffire, mais pour d’autres, cela ne sera pas le cas. Je n’ai pas reçu de formation professionnelle pour traiter les problèmes de santé mentale et, pour cette raison, ma capacité à intervenir est limitée. Même, si j'en venais à vouloir trop aider, mon ignorance pourrait faire plus de mal que de bien.

Nous n’avons pas besoin de plus d’applications de méditation qui ne font que survoler nos problèmes de fond. Des changements systémiques doivent avoir lieu dans le milieu universitaire, mais ce n’est pas une tâche facile à entreprendre. Les conditions de travail des universitaires devraient être repensées à partir de zéro : par exemple, nous devrions normaliser les semaines de 40 heures, mais aussi le fait d'avoir besoin d’aide, d'échouer, de ne pas travailler le week-end, de partir en vacances, d'avoir des salaires vivables, de ne pas avoir à déménager tous les deux ans, d'avoir une famille, et de prendre des congés lorsque nécessaire. Si chaque département adoptait ces changements à son échelle, cela pourrait être plus facile et plus productif que si l'on attendait que l'université prenne la décision dans son ensemble. Ces changements au sein des départements peuvent être amenés par des discussions ouvertes sur la santé mentale, sur les effets du stress, de l’anxiété, de la dépression et de l’épuisement professionnel dans la collectivité, et sur la nécessité de lutter contre la stigmatisation de ces expériences. Si vous n’êtes pas certain que cela affecte votre département ou votre communauté de travail, demandez aux personnes qui en font partie! Chaque département universitaire ou unité de recherche devrait mener des enquêtes régulièrement sur son environnement de travail pour aider à identifier les problème et défis auxquels ses membres font face. Cela devrait être particulièrement le cas à la suite d’événements qui pourraient créer ou exacerber les problèmes existants en matière de bien-être.


Plus d'informations

Boston University’s School of Public Health, the Mary Christie Foundation and the Healthy Minds Network. The Role of Faculty in Student Mental Health (April 7, 2021) https://marychristiefoundation.org/reports/

Evans, T. et al. “Evidence for a mental health crisis in graduate education.” Nature Biotechnology 36, 282–284 (2018). https://doi.org/10.1038/nbt.4089

Lashuel, Hilal A. “Mental Health in Academia: What about faculty?” eLife (2020). https://elifesciences.org/articles/54551

Quelques ressources

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