Fortifier et Transmettre: la coiffe olok des Wayana-Apalai des Guyanes

Olok headdress, Wayana-Apalai, Brazil (Para), 20th century
Organic fiber, cotton, resin, insects, mammal hide, feathers, 196 cm x 114 cm
Inv. 60005210 © Musee des Confluences, Lyon

La plumasserie est un art très souvent associé au Brésil indien, étant donné que de nombreux peoples d’Amazonie produisent des oeuvres de plumes sans pareil. Mais peu savent que l’une des coiffes de plumes les plus complexe d’Amérique du Sud est la création des Wayana-Apalai du Plateau des Guyanes, aujourd’hui divisés par les frontières du Brésil, Suriname, et de Guyane Française. La coiffe-masque olok est la piece maîtresse de l’ëputop (aussi appelé maraké dans les sources coloniales), un rituel de fortification de l’individu qui s’étend sur plusieurs mois.

Carte de la région des Tumuc-Humac et Guyane Française © Parc Amazonien de Guyane

L’ ëputop est une cérémonie à dimension sociale et religieuse fondamentale dans la région des monts Tumuc-Humac (voir carte). Plusieurs communautés indiennes s’associent entre elles à cette occasion, réalisent de nombreux échanges et se regroupent auprès d’un village hôte où se déroulera l’événement. L'ëputop , événement capital tant pour les impétrants (tepiem) que pour la vie de la société wayana-apalai en général, a depuis longtemps suscité l’admiration des Européens par son aspect spectaculaire. La première description qui en est connue remonte à 1878, signée par Jules Crevaux, explorateur français.

Preparation of the olok headdresses during the ëputop ritual
© Lúcia H. van Velthem, 1975.

Henri Coudreau, suiveur de Crevaux, explique qu’il s’agit d’une célébration de passage à l’âge adulte pour les jeunes garçons mais aussi les jeunes filles, pouvant être réitéré à souhait au cours de la vie de l’individu. L’institution de l’ëputop aurait vocation à fortifier l’adolescent, à démontrer son adresse et sa résistance à la douleur et, surtout, à l’intégrer dans la communauté .

Dance during the ëputop ritual
© Protásio Friekel, 1955

C'est la veille de ce dernier défi que se réalise la danse du kalawu, pour laquelle les jeunes initiés se constituent une coiffe olok à partir d’un cimier en vannerie. Ils y attachent de nombreuses filières (diadèmes) de plumes, longues plumes rouges d’ara, et pendentifs, chefs-d’oeuvre de plumasserie que leur ont transmis leur père, précieusement conservés depuis des générations au sein de coffres olok ene.

Dessin de deux coiffes olok et un plastron dorsal walipta (en bas à gauche) collecté by C. H. de Goejeen in 1908.
« Additional Studies of the Arts, Crafts and Customs of the Guiana Indians », Annual Report of the Bureau of American Ethnology, 1929.

Décrire le olok comme une simple coiffe de plumes serait bien trop réducteur. Premièrement, le olok devient masque grâce à des franges faites d’écorce teintes en brun dans leur partie inférieure à l’aide de boue oxydante. Ces lanières sont attachées de manière à pendre de la coiffe et couvrent ainsi le corps des danseurs. A cela s’ajoutent les plastrons dorsaux walipta faits de vannerie ou de coton tissé, recouverts d’une mosaïque de plumes et souvent terminés de pendants de plumes et d’élytres et qui sont indissociables de la coiffe-masque olok. Enfin le kunana, natte zoomorphe figurant un esprit et retenant les insectes qui doivent être appliqués sur le corps des participants, complète ce « trousseau » du participant au rituel de l’ëputop .

L’ëputop est de moins en moins pratiqué de nos jours dû à des contraintes de temps, mais aussi car l’étape d’application de fourmis ou guêpes sur le corps est une épreuve controversée dans le monde non-indien. Pour cette raison, l’inscription du rituel sur la liste du patrimoine immatériel de l’UNESCO continue d’être débattue.

Olok headdress (detail)
Inv. 60005210 © Musee des Confluences, Lyon

Les coiffes olok connaissent un grand succès dans les salles de musées, où elles trônent en maître grâce à leur envergure et leur diversité de couleurs et textures. Souvent dans ces institutions, la cape de fibres n’est pas conservée et les plastrons dorsaux et nattes kunana sont exposés séparément dans d’autres vitrines. De ce fait, la coiffe-masque est présentée comme un chef-d’oeuvre esthétique plutôt qu’une partie d’un tout. Non que l’olok ne puisse être admirée telle quelle, mais il est aussi important de la replacer dans son contexte afin de mettre en avant la richesse de l’ëputop qui lui donne tout son sens - que l’on considère l’application de fourmis comme une torture ou au contraire une preuve de courage. Ainsi, la coiffe-masque olok des Wayana-Apalai est bien plus qu’un simple ornement: c’est un symbole et un héritage exceptionnel, transmis de génération en génération.


1 Coudreau, Henri. Chez nos Indiens. Quatre années dans la Guyane française, Hachette et Cie, Paris, 1893.

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